Royal Blood : comme une bonne bolognaise

ROYAL BLOOD

TYPHOONS

2021 / Black Mammoth Records – Warner Records

Salut. Ça faisait longtemps qu’on s’était pas vu non ? Allez, on y retourne. 

Après un premier album éponyme détonant en 2014, le duo anglais Royal Blood avait eu du mal à se renouveler avec How Did We Get So Dark ?  paru trois ans plus tard. Bien que ces deux premiers albums furent une bouffée d’air frais sur une scène rock (au sens grand public du terme) qui tourne en rond, le travail méticuleux des deux musiciens du Sussex sur la puissance de leur son et sur l’efficacité de leurs compositions à fait du groupe une figure incontournable pour les amoureux de distorsions.

Pour les néophytes, Royal Blood est un duo anglais (basse/ batterie) qui réussit le pari d’envoyer un son très lourd tout en minaudant un maximum. De quoi en horripiler certain.e.s et en faire baver d’autres. On y retrouve des influences très marquées comme les Queens of The Stone Age ou encore Jack White, tout en y ajoutant des feuillages pop dont les musiciens anglais ont le secret. Josh Homme, leader des Queens of The Stone Age, participe même à la production de Typhoons. Voilà de quoi nous rassurer.

Mais voilà, l’annonce d’un nouvel album ne m’a pas fait décoller au plafond. D’autant plus quand le marketing autour du disque promet un album encore plus dansant que les précédents. S’installe alors la crainte de voir un groupe s’adoucir pour gagner quelques passages radio et faire les yeux doux à des playlists Spotify mainstream. Royal Blood va t-il réussir à sortir de ses gimmicks et à pousser sa musique un peu plus loin avec ce nouvel album ?

AUDIO VIDEO DISCO

Aux premiers abords, Typhoons se révèle sans grande surprise. Ce qui a au moins le mérite de ne pas trop nous déstabiliser. Les riffs sont tous très efficaces mais se ressemblent tous (ça fait trois albums que ça dure cette histoire). Mais le truc c’est que ça marche ! On voit l’entourloupe arriver à des kilomètres et on se laisse cueillir. Ça groove, ça balance de la fuzz, ça harmonise les voix toutes les deux secondes et ça fait remuer l’arrière train. C’est imparable. La voix de Mike Kerr en fait un peu des caisses, mais on laisse faire. À quoi bon résister à cette recette toujours aussi bonne. Royal Blood c’est un peu ce plat de bolognaise que l’on mange toutes les deux semaines, on se régale sans jamais être surpris. Et c’est pas plus mal.

Le duo tente pourtant d’ajouter quelques nouveautés par-ci par-là. Un peu de piano et de claviers, quelques chœurs féminins et des effets de productions assez anecdotiques. Mais la vraie nouveauté de Typhoons se cache dans « Limbo » et ses atours disco, voir french touch 2.0. De quoi ravir le fan de Cerrone que je suis. Ce morceau se trouve être l’un des plus audacieux de l’album en incorporant des chœurs et des violons typiques du disco et une outro qui sonne très Justice dans l’âme. Ce mélange s’opère avec finesse et malice en laissant les marqueurs du son de Royal Blood intacts. Malheureusement, cela reste un coup d’éclat et on ne retrouve quasiment pas ces idées dans le reste de Typhoons mis à part sur le titre « Mad Visions ».

Production cinq étoiles

Comme précisé un peu plus haut, Royal Blood a fait appel à Josh Homme pour co-produire cet album aux côtés de Paul Epworth. Des choix judicieux car d’un côté Josh Homme s’y connait en riffs bien gras et travaille depuis plusieurs années sur des compositions plus pop avec QOTSA, de l’autre Paul Epworth est un producteur britannique qui à rouler sa bosse sur tout un tas de productions mainstream. Le bougre à tout de même produit des albums pour Lana Del Rey, Adele, U2, Florence And The Machine et ni plus ni moins que Sir Paul McCartney. Fun fact, Paul Epoworth a également travaillé avec Death From Above 1979, un autre duo basse/batterie. La boucle est bouclée. Une équipe de choc donc, qui permet à Typhoons de bénéficier d’une production aux petits oignons. De quoi donner un gros coup de boost à « Typhoons » qui est sans conteste le morceau le plus efficace de l’album. Dans un registre différent « All We Have is Now » profite lui aussi d’une production au poil. Ce piano voix bénéficie d’un traitement patiné en cohérence avec ses références très Pink Floydiennes.

Si on vous dit que Royal Blood s’est renouvelé avec ce nouvel album c’est que l’on vont ment. Le groupe reste dans ses petits souliers et ce n’est pas un clavier par-ci ou des cordes bien au fond dans le mixage qui changent la donne. Ça ne fait pourtant pas de cet album une expérience décevante, bien au contraire. Il s’agit même de sa grande force. Garder la sève de Royal Blood tout en y incorporant discrètement des éléments plus inattendus. Pas de quoi changer l’identité du groupe et ce n’est pas ce que l’on demande. Et puis mince, c’est toujours jouissif de retrouver la basse ronronnante de Mike Kerr et la puissante frappe de Ben Tahtcher. Royal Blood c’est quand même l’assurance de prendre une bonne dose de kiff à tous les coups. Reste à savoir comment ces trois premiers albums traverseront les années. Mais ça, il n’y a que le temps pour nous le dire.

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