Trent Reznor 2016 : La B.O. de la fin du monde.

Attentats, Trump, Alep, Fillon, Panama Papers, pas besoin d’aller plus loin pour comprendre que l’année 2016 n’a pas été rose. Rajoutez par dessus tout ça la disparition d’artistes aussi importants que Bowie, Prince ou Cohen, et vous avez une belle année de merde. Qui sait mieux mettre en musique la déchéance que Trent Reznor ? En ayant fait son fond de commerce avec Nine Inch Nails, le compositeur américain s’est également fait remarquer avec les B.O. des derniers films de David Fincher. Allant même jusqu’à gagner un oscar pour les musiques de The Social Network en collaboration avec son acolyte Atticus Ross, désormais membre à part entière de Nine Inch Nails.

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2016 a été une année bien chargée pour le père Reznor. Deux soundtracks et un nouvel EP pour Nine Inch Nails. De quoi mettre en musique cette année passée avec désespoir. Surtout que les thèmes abordés sont tout autant d’indices sur la détresse du monde. L’année commence en octobre pour Trent Reznor avec la B.O. de Before The Flood, en collaboration avec Mogwai et Gustavo Santaolalla. Ce documentaire produit par Léonardo Dicraprio alerte sur l’impact des bouleversements écologiques sur notre planète. Changement de climat radical, disparitions d’espèces, le bilan est pessimiste. Il en va de même pour les musiques qui l’accompagnent.

Mélange subtile entre instruments électroniques et organiques, cette soundtrack met habilement en avant l’urgence de la situation. Je ne vais pas ici vous porter un discours écolo’. Tout d’abord car ce n’est pas le but de la démarche et de deux, je ne suis pas assez informé sur le sujet pour en parler avec légitimité. Pour ce qui est de la musique en revanche…

La collaboration avec d’autres artistes a fait le plus grand bien au duo Reznor/Ross. Ayants surtout travaillés avec Gustavo Santaolalla, ils affinent leur méthode de composition. Des boucles de piano ou de synthétiseur modulaire viennent alors s’intensifier dans une tension rarement libératrice. Cette musique peine à plonger dans la lumière. Une méthode que l’on retrouve également dans la composition de Mogwai. Le duo Reznor/Ross s’est donc rapidement imposé comme une référence, une influence inévitable pour les compositeur de musique de film.

La soundtrack de Before The Flood est d’une beauté crépusculaire. Reznor vient même pousser la chansonnette sur le poignant « A Minute To Breathe ». De quoi sublimer un morceau et faire plaisir à tous les fans. En tout cas, la production de 2016 du papa de Nine Inch Nails commence très fort. Place désormais au nerf de la guerre : le nouvel Ep de Nine Inch Nails !

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Trent Reznor est un sacré malin. Quelques jours avant Noël, il annonce la sortie d’un nouvel EP : Not The Actal Events. Accompagné d’une réédition vinyle de tous les albums de Nine Inch Nails, ce nouveau disque est selon Reznor : « virage inattendu par rapport à Hesitation Marks, et même méconnaissable du travail de bande originale, c’est un disque difficile d’accès et peu amical, auto produit, qu’on avait besoin de faire. » (Trad NinNews.fr). De quoi mettre l’eau à la bouche !

L’heure du changement.

Trent Reznor nous avait prévenu, ce disque est assez étonnant. Avec son dernier album, Hesitation Marks, Nine Inch Nails s’orientait vers une musique très électronique, dans les sillages de ce que Reznor avait pu faire avec How To Destroy Angels. Not The Actual Events est une réelle cassure pour l’univers du groupe. Tout d’abord graphiquement. Rob Sheridan, directeur artistique pour Nine Inch Nails depuis 1999, est remplacé par John Crawford, un artiste californien à l’univers très sombre et dérangeant. Deuxième gros chamboulement : l’arrivée d’Atticus Ross au sein du groupe. C’est peut-être une très bonne nouvelle pour le groupe, qui va avec cette arrivée prendre une bouffée d’air frais. À noter que c’est la première fois que Trent Reznor n’est pas seul à la composition d’un disque de Nine Inch Nails. Rappelez-vous, sur la pochette du premier album du groupe : « Nine Inch Nails Is Trent Reznor ».

L’effet Broken.

Le contexte maintenant posé, passons à la musique. Le 22 décembre 2016, soit la veille de la sortie de l’Ep, le groupe diffuse le titre « Burning Bright (Field On Fire) ». Énorme surprise ! La production est cradingue, Trent Reznor s’énerve sur un morceau très proche du Doom metal de Earth. Le groupe s’est totalement lâché, c’est gras, c’est lourd. Ce premier morceau n’est pas sans rappeler l’Ep Broken qui, lui aussi, avait été un vrai cri de rage pour Reznor. « Branches/Bones » ouvre l’album sur la même logique. Les guitares sont sursaturées et Reznor est on fire ! En moins de deux minutes, ce morceau fait déjà jubiler. Nine Inch Nails est de retour, avec des coups de pieds dans la gueule !

« The Idea of You » reste dans cette même optique de puissance et de noirceur. Comme si The Fragile avait fait des gosses avec la B.O. de Gone Girl. Nine Inch Nails n’a pas rangé les synthétiseurs pour autant, « Dear World » est bien là pour nous rappeler que le roi du sound-design, c’est Monsieur Reznor (et Monsieur Ross).

Not The Actual Events est probablement l’un des plus gros moments d’euphorie de 2016. Une surprise que l’on attendait plus. Reznor retombe dans ses tourments, ce qui bonifie incroyablement sa musique. L’arrivée d’Atticuss Ross dans le projet apporte un renouvellement qui, on l’espère, va durer. Maintenant, il va falloir sortir un album en 2017, car laisser cinq morceaux aussi bons dans la nature c’est criminel.

La Note:

5

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Alors là, on a un peu triché. Le film dont il est question ne sort que début janvier 2017, mais la bande originale est apparue quelques semaines plus tôt. Donc…

Réalisé par Peter Berg, Patriots Day raconte l’histoire d’un policier (Mark Wahlberg) en chasse des auteurs des actes terroristes du marathon de Boston de 2013. Encore un sujet pas joyeux taillé pour Trent Reznor et Atticus Ross. Autant dire que cette soundtrack fiche la trouille !

Plus d’une heure et demie d’ambiance froide et pesante. Les deux compositeurs réussissent à nous faire ressentir le mal qui rôde, qui se prépare. Même dans les morceaux aux mélodies plus légères (« Couples & Brothers » et « Donuts & Legs »), une note de noirceur vient se glisser à la toute fin des compositions. Un travail remarquable.

La flippe est total quand arrivent des titres tels que « Fornicator », « Tommy Breaks Down » ou « Tamerlan ». Les notes se contorsionnent, se distordent, jusqu’à créer le malaise et la peur. On ressent alors une violence physique et psychologique qui vient nous prendre aux tripes ! Les basses vrombissent tels d’intenses déflagrations.

Bien que cette bande originale soit une fois de plus une grande réussite, il est difficile de l’écouter d’une traite. Les contexte y est peut-être pour quelque chose… Reste à voir si cette soundtrack colle à l’ambiance du film. On serait tout de même étonné de voir Reznor s’impliquer dans un projet qui ne tient pas la route. En tant qu’objet musical, cette B.O. fait peur et place une boule dans le ventre. Trent, t’es vraiment trop fort !

Merci pour la déprime

Trent Reznor est l’un de mes artistes préférés. Toujours un pas devant les autres, il sait transformer ses musiques en émotions, qu’elles soient agréables ou malaisantes. Il faut bien le dire : la musique de Trent Reznor est triste. Loin d’être un défaut, c’est la qualité première de sa production. Il met en musique la décadence et la déchéance du monde avec justesse. C’est pourquoi le cinéma fait appel à ses talents. Les derniers films de Fincher à l’appui, Reznor sait sublimer un long métrage tout en restant discret, la tension se trouve dans sa musique ainsi que sur l’écran. De quoi s’accrocher très fort à nos fauteuils.

La nouvelle production de Nine Inch Nails est quant à elle absolument géniale. Qui espérait un tel retour aux bidouillages industriels ? Un Ep emplit de rage, un truc sale. Un disque qui sonne comme une urgence, même si Reznor affirme qu’il n’y a aucun message particulier derrière ce disque. De nouveaux projets sont annoncés pour le groupe en 2017. Can’t wait !

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