Thor par Jason Aaron

Pour la première fois, je vais vous parler de bande-dessinée, plus précisément de comics et de héros en costume. Il y a un début à tout…

Je ne suis pas un grand lecteur de comics, du moins ça c’était avant que je tombe dedans, le nez dans la poudrière. Si on met de côté Spiderman et Batman, je n’ai pourtant aucun affect particulier pour les super-héros. Encore moins pour les héros Marvel que l’on voit partout à chaque sortie d’un film du Marvel Cinematic Universe. Thor est l’un de ces super-héros pour qui mon estime s’approche du néant. Je connais très mal le personnage et l’aspect mythologique ainsi que la grandeur cosmique des ses aventures ne m’attirent pas. Mais alors pourquoi suivre les élucubrations de ce personnage ?

Si Thor n’a pas piqué ma curiosité, l’auteur et le dessinateur de cette série débutée en 2012 ont quant à eux piqué ma curiosité. C’est avec leur travail sur la nouvelle série Conan le barbare que Jason Aaron (scénariste) et Esad Ribic (illustrateur) m’ont totalement bluffé. Pourtant c’est l’artiste Mahmud Asrar qui met en images les cases des nouvelles aventures du Cimmériens aux gros muscles. Esad Ribic s’est en réalité chargé de réaliser les couvertures de différents numéros de cette série. Dans le jargon du comics, on appelle ça un « cover artist ».

Au final, quelles sont les différences entre Conan et Thor ? Leurs deux univers se nourrissent de mythologies diverses et les deux protagonistes sont des dieux du combat. Thor a tout de même une petite chose en plus, ce vertige aussi passionnant que scénaristiquement dangereux : l’espace.

Je suis Thor, ranger de l'espace !

Un petit rappel s’impose pour ceux qui, comme moi avant la lecture de ce comics, ne savent pas vraiment qui est Thor. Si l’on se réfère à la mythologie nordique, Thor – fils d’Odin – est le dieu du tonnerre. Il représente des valeurs de puissance et de victoire et il peut même traverser les mondes grâce à un chariot tiré pas des boucs volants, rien que ça. Ajoutez lui un marteau magique (Mjollnir) et vous avez le parfait archétype d’un personnage surpuissant. Si puissant que Marvel va rester assez fidèle au matériau d’origine à quelque chose près que dans l’univers super-héroïque Thor vis dans l’espace, dans une version revisitée de la cité d’Asgard. C’est donc avec ces quelques informations que j’ai commencé cette lecture. Pas de panique, pas besoin d’en savoir plus.

The God Butcher

Le premier arc narratif du Thor de Jason Aaron débute avec un Thor jeune, viril et prétentieux  alors installé dans les terres reculées d’Islande. C’est en pleine beuverie que le jeune dieu va faire une macabre découverte : un dieu à été violemment tué près de son village. C’est le début des galères !

D’autant plus que l’on nous présente au fil des pages un Thor beaucoup plus âgé et épuisé, seul sur son trône à Asgard, toujours à la recherche du tueur de dieux. Vu que deux Thors ne suffisaient pas, Jason Aaron en ajoute un troisième. Ce dernier est le Thor de notre génération, évoluant dans l’univers Marvel actuel. Trois Thor pour le prix d’un, trois timeline différentes. Qui se plaint que les comics sont trop compliqués à suivre ?

Heureusement, Aaron ne perd jamais le fil et la lecture reste fluide. Tout est finalement très clair et on a qu’une envie : savoir qui est ce tueur de dieux. Je n’en dirai pas plus sur l’histoire de ce premier arc (enfin j’espère), sachez juste que les planches de Esad Ribic sont complètement zinzins et que l’histoire ne s’essouffle pas une seule fois en 11 numéros. 

Ce qui est réellement intéressant et ce qui m’a surpris avec cette première histoire, c’est le message qu’elle porte. Jason Aaron propose toute une réflexion sur les dieux et les croyances. Non pas sur l’existence ou non d’êtres spirituels supérieurs et omniscients (dans l’univers Marvel, les dieux existent, Thor en est la preuve), mais bel est bien sur la place que tiennent les dieux dans nos vies et nos espérances. Si les dieux existent vraiment, où sont-ils ? Pourquoi n’empêchent-ils pas nos conflits ? Pourquoi ne pas intervenir pour lutter contre la misère ? À quoi servent-ils ?

Ce premier volume contient les 18 premiers numéros du run de Jason Aaron.

Au delà des interrogations métaphysiques et spirituelles, Aaron s’intéresse également au temps qui passe et à notre emprise sur notre destin. En retournant les timeline dans tous les sens, cet arc narratif mélange l’inéluctable au concept de causes à effets en gardant une cohérence assez déconcertante. Bien évidemment, il y a toujours quelques petits effets de manches et Deus Ex Machina pour expliquer certaines situations, mais l’ensemble du récit repose sur des bases solides. Ce premier arc est absolument génial, d’autant plus qu’il est parfait pour découvrir le personnage. Jeune, adulte et vieillissant, on découvre Thor sous plusieurs facettes. Le dessin est magnifique et l’aventure est grande, abordant des thèmes que je ne pensais pas voir être abordés dans de la bande-dessinée américaine.

Patatra...

Passé ce premier acte, il n’y a plus grand chose à se mettre sous la dent. Le douzième numéro « Once Upon a Time in Midgard » propose aborde le thème de la maladie et de la mort dans quelques pages assez intéressantes, mais pas de quoi tomber du plafond.

Le deuxième arc s’attarde sur une nouvelle menace, Malekith, un elfe vraiment pas gentil. Voilà, c’est à peu prês tout ce que propose cette nouvelle aventure. Tout est très superficiel, un méchant très méchant et des gentils très gentils. J’ai lu cet arc sans grand intérêt. Là où l’histoire du tueur de dieux me tenait en halène, ne sachant pas ce qui allait se passer quand j’aillais tourner les pages, l’histoire de Malekith me semble assez convenue, bien que la fin soit assez intéressante, je vous laisserai découvrir par vous même. C’est d’autant plus frustrant que Esad Ribic n’est plus au dessin sur ces numéros. Les illustrations de Ron Garney et Ema Lupacchino sont assez classiques, à l’image du scénario.

Le dragon rigolo

Le dernier numéro de cette collection développe une histoire moins grandiloquente et plus légère. On y retrouve Thor enfilant les pintes avec un ami Dragon pour finir sur un scénario à la Very Bad Trip version dieux nordiques. Les dessins pastels et crayonnés de l’artistes Das Pastoras sont de vraies merveilles. Une petite histoire qui vient conclure ce premier volume de cet intégrale sur une bonne note.

À première vue, Thor est un personnage qui pourrait faire peur. Il faut avouer que c’est pas le personnage le plus excitants chez Marvel. Pourtant, Jason Aaron arrive à nous mettre en empathie avec le dieu nordique. Poussé dans ses retranchements et aidé d’un scénario béton, Thor en devient sympathique bien que détestable par moment. Une dualité qui fonctionne parfaitement tout au long du premier arc (The God Butcher), mais qui semble être abandonnée pour la suite du récit pour quelque-chose de plus conventionnel.

Ce premier volume reste néanmoins une très bonne lecture pour découvrir le personnage et pour se plonger dans des aventures d’une envergure vertigineuse.

L’intégrale est disponible dans toutes les bonnes libraires en version originale (anglaise) chez Marvel Comics. Si vous n’êtes pas à l’aise avec la lecture en anglais vous pouvez vous procurer ces histoires en France chez l’éditeur Panini Comics en plusieurs tomes dans la collection Marvel Now ou Marvel Deluxe.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.