Quatre ans après, j’ai réécouté Random Access Memories des Daft Punk

En mai 2013, le duo français le plus connu de l’univers sortait son quatrième album studio : Random Access Memories. Virage funk et pop pour certains, suite logique pour d’autres, le disque avait scindé le public en deux. Ceux qui regrettaient l’abandon de la musique électronique par le groupe et ceux qui s’enthousiasmaient de voir les deux robots s’aventurer sur de nouveaux terrains. J’ai toujours appartenu à la deuxième catégorie. L’album m’avait très vite emballé, au point même où « Get Lucky » ne me sortait pas par les trous de nez.

Je ne t’aime plus, mon amour.

Mais quatre ans c’est long. Les Daft Punk ont eu le temps de se faire oublier, jusqu’à ce que leurs récentes collaborations avec The Weeknd et Parcels les fassent sortir de leur faille spatio-temporelle. Avec tout ce qu’on a pu dire et écrire sur le groupe depuis 2013, difficile de me rappeler ce que je pensais réellement du tournant pop de leur musique. Un tournant qui n’en est d’ailleurs pas réellement un.

J’écoute la musique du groupe depuis toujours et j’ai grandi avec ses tubes. Les Daft Punk sont de sublimes créateurs de mélodies accrocheuses. Ils possèdent une science de la composition imparable. Bref, ils connaissent la recette pour nous faire groover. « One More Time », « Around The World », « Human After All » et je passe de nombreux autres chefs-d’oeuvre, le groupe a toujours eu tendance à composer des morceaux populaires.

Malgré tout ce que je suis en train de vous écrire, aussi insensé soit-il, mon a priori actuel sur le groupe est assez négatif. Je n’ai pas vraiment d’explication rationnelle à cela. Le groupe a peut-être perdu en sympathie auprès du grand public et par effet domino a perdu mon intérêt. Difficile de mettre le doigt sur le pourquoi du comment. Heureusement, Random Access Memories m’a rappelé que le duo de robot était l’un des plus grands groupes de ces vingt dernières années. Une évidence pour certains, une hérésie pour d’autres…

Production 3 étoiles.

Je me suis procuré l’album en format physique (vinyle) pour la première fois il y a peu. C’était l’occasion parfaite pour me replonger dans cet album au succès planétaire. La hype est désormais bien loin, impossible d’être de mauvaise foi pour ne pas passer pour un con auprès de la plèbe.

La première chose qui frappe c’est bel et bien la production du disque. L’enregistrement est d’une finesse et d’un détail digne des plus grands producteurs de ce siècle. Un son, une patte qui a totalement redéfini la musique pop actuelle. L’album scintille de modernité alors que ses influences sont résolument datées de plusieurs dizaines d’années. Le retour en grande pompe de la musique soul/funk doit tout à Random Access Memories.

C’est assez rare, mais la production du disque est tellement bonne qu’il s’en dégage une certaine musicalité. Comme si la précision de l’enregistrement dépassait la composition musicale. Quel plaisir d’écouter une batterie enregistrée avec le plus grand soin et de se laisser porter par une ligne de basse ronde et chaleureuse. Une célébration de la musique, au sens pur du terme. De la subtilité des instruments à leur sensibilité propre. Pas besoin de messages sociaux et politiques, Random Access Memories est une lettre d’amour à la musique pop. Faire de la musique populaire : ce qui pourrait être interprété comme un message politique en soi…

Merci Disney.

Nul doute que l’entière composition des musiques du remake du film Tron en 2010, écurie Disney, ait permis au groupe de sortir de sa zone de confort. Cette bande originale, qui est d’ailleurs l’une des meilleures créations des Daft Punk, leur a permis de se confronter à la musique live et orchestrale. Sans jamais mettre les machines au placard, le groupe a réussi à faire cohabiter orchestrations pompeuses et musique moderne. Autant vous dire que le groupe a vite pris goût à cette nouvelle méthode de composition. Sublimer les instruments et les musiciens grâce aux machines. Qui de mieux placés que les Daft Punk pour réussir une pareille mission ?

Moins d’extravagances. 

Les compositions de Random Access Memories n’ont rien de révolutionnaires. Elles sont cependant construites avec un soin et un sens rythmique et mélodique implacable. Les morceaux studio groovent sans concession. Il est alors difficile de savoir qui de « Instant Crush », « Lose Yourself To Dance » et « Get Lucky » est le meilleur morceau. Ils le sont tous. Point.

J’ai tout de même une préférence pour les morceaux plus calmes de l’album. D’une sensibilité rare, ils sont bien souvent sublimés par une maîtrise du vocoder propre aux deux français. Les robots se confrontent à la musique humaine et c’est magnifique, la preuve avec « Within » et « The Game Of Love ». Pourtant, la fragilité de la voix humaine de Paul Williams sur « Touch » nous fait voyager à travers l’espace et le temps sans artifices. Les Daft Punk savent tout faire.

Elle est où l’électro ?

Alors ok. Le duo vient de poser ses couilles sur la table et a gagné son pari. Plus de doute, si vous voulez écrire un tube interplanétaire, c’est avec eux qu’il faut bosser. Ils maîtrisent leur sujet sur le bout des doigts. Mais faut-il encore leur faire confiance pour travailler sur de la musique électronique ?

Ce serait une immense insulte que de remettre en doute la capacité des DAFT PUTAIN DE PUNK à composer de la musique électronique. Bien que l’album soit truffé de petits détails synthétiques, les morceaux portés sur ce genre de musique sont peu nombreux. Mais ils sont très bons ! L’évidence même étant « Giorgio by Moroder ». Un morceau qui retrace tout un pan de l’histoire de la musique électronique avec ni plus ni moins qu’un monologue de Giorgrio Moroder sur l’introduction du morceau. Un hommage classe à la narration parfaite.

Il faut attendre la fin de l’album pour remettre le doigt sur des morceaux « électro ». Entre guillemets car « Motherboad » ne commence pas comme tel. Batterie, flûte, basse, batterie, on se croirait plus sur l’introduction d’un morceau de Jethro Tull que sur un disque des Daft Punk. Mais petit à petit, les machines viennent nous bercer en douceur. Ce titre est selon moi le témoin du talent du duo, qui arrive ici à mélanger avec intelligence une musique électronique planante avec une orchestration délicate.

Arrive le gros moment electro de l’album : « Contact ». Sortez les combinaisons de cosmonautes et les synthétiseurs, on part dans l’espace. Il est d’ailleurs très important que le disque s’achève avec ce morceau. Cela nous donne l’impression que les deux robots retournent dans l’espace, après avoir fait le tour d’une partie de la musique terrestre. On est alors en plein film de science fiction. Les planètes s’alignent et les trous noirs nous avalent dans un fracas strident.

Alors ? Ça valait le coup ?

Il m’aura fallu quatre ans pour réellement comprendre ce disque. Bien que l’ayant défendu à sa sortie, c’est en 2017 que j’y ai pris le plus de plaisir. J’ai tendance à croire que les Daft Punk ne resteront pas dans cette phase créative de musiques très produites. Le groupe est simplement en train de prouver sa valeur auprès du grand public. C’est fou de parler des Daft Punk de la sorte car ils n’avaient plus rien à prouver. Le groupe a tenté le tout pour le tout avec ce disque. Changer d’horizons alors que tout le monde vous attend au tournant. Il faut oser.

Cela prouve une chose : le groupe ne se repose pas sur ses lauriers. S’il aborde ses prochaines productions avec la même philosophie, on n’est pas loin d’avoir la chance de vivre à la même époque que deux des plus grands musiciens de cette planète. Des musiciens modernes, qui ont grandement participé à l’essor de la musique électronique, capables de composer de grandes musiques de film et d’implacables hymnes pop. Deux artistes complets qui ne pourront jamais mourir car ils sont encrés dans nos mémoires à tout jamais. En plus ce sont des robots…

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