Matthew Stevens – Preverbal

Il est indéniable que le jazz fait actuellement peau neuve et trouve une place privilégiée auprès d’un nouveau public. Des artistes tels que Badbadnotgood, Thundercat ou Christian Scott sont en train de moderniser le genre pour lui insuffler un nouvel élan. Le guitariste canadien Matthew Stevens fait partie intégrante de cette nouvelle caste de musiciens géniaux et inventifs. Reconnu pour ses partitions de guitares sur les compositions du trompettiste Christian Scott, Stevens fait évoluer sa musique avec Preverbal. Un deuxième album qui vient apporter un vent de folie à ses créations. On est pas loin du chef d’oeuvre.

Sombre et délicat. 

Là où son premier album, Woodwork était une exploration de la guitare acoustique, Preverbal est son exact opposé. Mettant la Fender Telecaster à l’honneur, Matthew Stevens sublime son instrument grâce à de belles trouvailles techniques. Sans trop en faire, le guitariste signe un album touchant et loin du snobisme que l’on pourrait souvent attribuer au jazz. Jouant beaucoup sur certains effets comme la réverbération et l’écho, le canadien donne une note de mélancolie et de mystère à ses compositions. Le titre d’ouverture, « Picture Window », oscille entre l’obscurité et la lumière avec une subtilité des plus rares. Un grand moment de musique, qui à de quoi hérisser nos poils et humidifier nos yeux.

Le génie dans la simplicité. 

Matthew Stevens, bien que très bon techniquement, n’étale pas gratuitement tout son savoir-faire. Il met en avant ses compositions plûtot que sa maîtrise de la six cordes. Une intention louable qui va dans le sens de cette musique parfois au bord de l’atmosphérique (« Reservoir »). Preverbal est ce genre d’album que l’on peut écouter en boucle sans jamais se lasser. La découverte est permanente tant les compositions sont subtiles. Le final de « Sparkle and Fade » est probablement l’un des plus grands moments de musique de cette année 2017. Alliant la sensibilité d’un Radiohead avec la richesse de composition d’un jeune jazzman déjà très expérimenté. Le travail de Vicente Archer (basse) et Eric Doob (batterie) est également remarquable de justesse.

Une production en dehors des standards. 

Le point fort de ce disque se trouve très certainement dans la qualité de sa production. Les huit morceaux fourmillent de petits détails qui viennent enrichir les compositions tout en leurs donnant de la profondeur. Matthew Stevens et Eric Doob signent tous les deux les parties électroniques ainsi que la production de l’album. Un travail d’ingénérie remarquable et saisissant. À l’image du surprenant « Knowhow » qui semble sortir directement d’un hallucinant jam entre Stevens et Doob. « Our Reunion » en collaboration avec la bassiste et chanteuse américaine Esperanza Spalding est également d’une beauté rare, quoi qu’un peu plus conventionnel.

Le guitare électrique de Matthew Stevens est cuisinée sous toutes ses formes. Personne ne l’utilise comme il est capable de le faire. Le musicien a probablement trouvé sa signature. Preverbal est si bien exécuté qu’on oublie très vite que nous sommes en train d’écouter un album de guitariste. Le talent de composition de Matthew Stevens ne semble pas avoir de limite. On est quasiment certain que son prochain album sera totalement différent tant le guitariste en garde sous le pied.

La Note: 

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