M83 – DSVII : retour en enfance

M83

DSVII

2019 / Naïve

Anthony Gonzales, alias M83, s’est fait connaître du grand public en 2011 avec l’album Hurry Up, We’re Dreaming et son titre phare, Midgnight City. Un morceau qui ne m’a jamais procuré de grandes émotions, tout comme l’album dans sa globalité. Pourtant c’est bien avec ce disque que le multi-instrumentiste ira conquérir les fans du monde entier. Courant 2016, l’antibois sort le tant attendu Junk, censé pérenniser le succès de Hurry up, We’re Dreaming. Mais voilà, ce n’est parfois pas si simple… Le public n’adhère pas à ce nouvel album moins évident et accrocheur que son prédécesseur. Pourtant, le disque à tout pour plaire : synthétiseurs rétro, vibe à la Supertramp et production léchée. À mon sens, il s’agit d’un bien meilleur album que Hurry up, We’re Dreaming. Plus maîtrisé et contenu, il m’est difficile de comprendre pourquoi l’album a tant déçu les fans. Ahhh, les fans…

Après trois années d’absence, Anthony Gonzales est de retour avec DSVII, un album intimiste et instrumental. Un retour aux sources qui est à l’image de l’album : un (ré)confort enfantin, un cocooning parfait avec un bol de céréales et une partie de Zelda : A link top the past sur sa console Nintendo. DSVII (Digital Shades Volume II) fait suite à Digital Shade premier du nom paru en 2007. Un projet qui nous plonge dans des sonorités 80/90 sans jamais tomber dans le piège de revival simpliste ou de la synthwave vue et revue.

De retour en enfance

L’amour que je porte pour ce disque était assez inattendu. Ma relation avec M83 est assez ambiguë. Je n’ai jamais été très emballé par la musique du musicien français. Je défendrai pourtant Junk jusqu’au bout des ongles car il s’agit selon moi d’un album mésestimé (mais ça je l’ai déjà dit). Je n’attendais clairement pas cet album et pourtant dès que j’ai vu l’artwork de Frank Quitely (dessinateur de comics) j’ai tout de suite eu l’envie irrépressible de lancer l’écoute.

L’adage dit qu’il ne faut pas juger un album à sa pochette (où un livre à sa couverture, on ne sait plus). La promesse de la fabuleuse couverture de DSVII est en parfaite adéquation avec la musique de M83. On se plonge pendant près d’une heure dans un univers synthétique et pixelisé, dans un RPG japonais où l’on doit combattre brigands et dragons, où les prophéties pleuvent et où l’on s’immerge sans s’en rendre compte. Il s’agit probablement de la meilleure bande originale de jeu-vidéo qui n’en est pas une.

La force de l’album réside dans ce que la musique ne nous montre pas, dans ce qu’elle suppose et dans les souvenirs dans lesquels elle vient puiser. Une force irrésistible et réconfortante. M83 n’est pas le premier artiste à jouer sur la fibre nostalgique, d’autant plus que c’est à la mode en ce moment. Seulement, c’est ici réalisé avec une grande délicatesse et avec un profond respect pour ses passions enfantines et adolescentes. DSVII est un album crédible et authentique qui nous replonge avec fidélité dans nos souvenirs d’enfance. Des bandes originales de Vladimir Cosma aux longues après midi jeu-vidéo accroupi devant la télé du salon.

Bravoure et dodo

Cela fait maintenant presque un mois que DSVII est devenu mon album de chevet. Je m’endors quasiment chaque soir enveloppé dans ses irrésistibles mélodies (et dans ma couettes aussi). Apaisant et cotonneux, cet album sait aussi partir à l’aventure avec des morceaux comme « Feelings » et « Temple of Sorrow » qui proposent tous deux un finish épique et émouvant. Des morceaux qui marquent par l’intensité qui montent crescendo et par les cœurs qui nous donnent l’impression d’avoir accompli une importante mission, d’avoir changé le monde.

Les influences se chamboulent et font références à des artistes précurseurs que j’admire tels Vangelis et Jean-Michel Jarre. Bien que bourré de ce genre de référence, DSVII n’est pas un album d’hommage et de nostalgie bête et méchant. Anthony Gonzales livre sa vision de la musique, son interprétation de ses sentiments et ses souvenirs à travers une musique ambiante dans laquelle chacun peut se projeter et intégrer un bout de son histoire.

Si vous n’aimez pas les synthétiseurs et la musique contemplative, vous auriez bien tort de passer votre chemin. Vous vous priveriez d’un voyage merveilleux dans un monde fantastique immerger dans les bonnes ondes. DSVII est un album qui ouvert aux interprétations et aux sentiments de chaque auditeur. Un album que l’on prend plaisir à écouter encore et encore. Une sorte d’histoire sans fin…

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