Le Butcherettes enfin au top

LE BUTCHERETTES

bi/MENTAL

2019 / Rise Records


Cela fait plus de dix ans que Le Butcherettes sillonne la scène indie-rock avec à sa tête l’exubérante chanteuse et guitariste Teri Gender Bender. Le groupe s’est forgé une solide réputation live, mais leurs différentes sorties studios nous ont toujours laissé sur notre fin. Il faut dire que la fougue de Gender Bender doit être difficile à canaliser. C’est bien pour ça qu’on l’aime.

Le Butcherettes est un groupe trop généreux. À tel point que A Raw Youth, sorti en 2016, partait un peu dans tous les sens. Probablement la faute à un Omar Rodriguez-Lopez (At The Drive-In, Mars Volta) à la production qui, semblable à lui même, produit la musique de manière instinctive.

Goodbye Omar. Welcome Jerry.

bi/MENTAL est d’ailleurs le premier album de Le Butcherettes qui n’est pas produit par Rodriguez-Lopez. En revanche, deux de ses frères intègrent le line-up du groupe. Riko Rodriguez-Lopez s’occupe de la guitare et des claviers tandis que Marfred Rodriguez-Lopez cimente le tout à la basse.
Alejandra Robles Luna est quand à elle toujours derrière les fûts.

C’est Jerry Harrison (Talking Heads) qui a pris en charge la production de cet album. D’après Teri Gender Bender les conseils du producteur ont eu un impact conséquent sur les arrangements des morceaux. De quoi faire de bi/MENTAL un album plus construit que ses prédécesseurs. Pourtant le thème de la bipolarité développé dans cet album aurait pu aboutir à une musique plus désordonnée.

que des/BONNES IDÉES

bi/MENTAL s’ouvre sur le titre « spider/WAVES » qui réussit l’exploit de résumer en moins de six minutes la folie créative de Teri Gender Bender. Les mélodies sont étranges et le chant possédé. Le morceau évolue petit à petit vers un final aux grandes envergures. Il y a un jeu très intéressant entre les guitares et les synthétiseurs qui ne cessent de se battre pour toujours finir par s’accorder. Rappelons qu’il s’agit d’un album qui traite de bipolarité. Notons la présence de Jello Biafra à la fin du morceau. Le chanteur des Dead Kennedys scande un speech de gourou sur l’individualisme et notre rapport à l’autre. Pourquoi pas.

On retrouve ce genre de morceau dense et très bien structuré tout au long du disque. Avec un faible pour l’accrocheur « strong/ENOUGH » qui fait écho à un autre groupe de Teri Gender Bender : Bosnian Rainbows. Le refrain est entraînant et le chant fait autant preuve de puissance que de douceur.

Un chant que l’on a plaisir à écouter tant il est varié. Teri Gender Bender est connue pour ses excentricités vocales qui rendent ses interprétations très théâtrale. C’est un peu la Catherine Ringer mexicaine…

Le rock toujours présent

Bien que la musique du quatuor continue d’évoluer avec ce nouvel album, Le Butcherettes ne refoule pas ses origines punk/rock. Des titres comme « give/UP », « dressed/IN A MATTER OF SPEECH » et surtout « father/ELOHIM » sont de petites pilules énergétiques. Ce dernier est aussi la preuve que le groupe a réussi à affiner ses compositions tout en créant une musique plus dense.

bi/MENTAL n’est pas qu’un album ultra-énergique. Deux balades viennent donner plus d’espace et d’impact aux restes des morceaux. Notamment « in/THE END » qui fait la par belle aux harmonies vocales tout en proposant une atmosphère mélancolique.

Il y a beaucoup à dire sur ce quatrième album de Le Butcherettes. Salade, tomate, oignon, le groupe nous sort la complète. Tout les éléments sont réunis pour faire de ce disque une oeuvre complète et intense. Teri Gender Bender y canalise sa fougue et ses émotions. Chose qu’elle avait déjà réalisé sur l’excellent album de Bosnian Rainbows en 2013. C’est bien la première fois que l’on prend autant de plaisir avec un album de Le Butcherettes. bi/MENTAL est riche, puissant et équilibré. Une balance que le groupe a toujours du mal à trouver. C’est désormais chose faite.

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