Ghost : le rock aux grandes envergures n’est pas mort !

En moins de dix ans, le groupe suédois aux fausses allures black metal s’est transformé en machine infernale du rock. Hype, fans à la limite du supportable et de la mauvaise foi, grosses embrouilles entre les membres du groupe, clôture de Hellfest et j’en passe des vertes et des pas mûres. Ghost a tout de la formation musicale ayant gravi les échelons les doigts dans le nez à une vitesse fulgurante. Si fulgurante que la chute peut s’avérer sacrément rude.

Entre un dernier Ep (Popestar) décevant et changement de line-up, Ghost semblait tomber avec fracas de son piédestal. Mais la bonté divine en a voulu autrement. Malgré la révélation de l’identité du grand leader du groupe, après embrouille pécuniaire avec les anciens membres du groupe, Ghost a vu le mystère de l’anonymat s’envoler sans que sa mystique ne se dégrade. Tobias Forge est l’homme qui se cache derrière le masque de Papa Emeritus (chanteur et compositeur du groupe). Voilà, ça nous fait une belle jambe, personne ne connais ce type…

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Après ces petites contrariétés, Tobias Forge a su remonter la pente tout en larguant un énorme doigt d’honneur à ses détracteurs. Ghost c’est lui, est puis c’est tout ! Le Papa Emeritus cher au cœur des fans est mis de côté pour laisser place à un cardinal visuellement beaucoup moins impressionnant. De quoi attaquer une nouvelle ère sereinement. Encore faut-il assurer un album de grande qualité pour ramener les fans dans la nef.

I grow stronger !

Ghost était en train de dévaler la pente, en se cognant sur des rochers de plus en plus abrupts. Quand tout à coup, le génie de son leader a stoppé net cette chute infernale pour faire bondir le groupe bien plus haut que les sommets qu’il avait déjà franchi. Prequelle est le messie que le rock aux grandes envergures n’attendait plus. Qui aurait misé un copec il y a huit ans sur un groupe suédois singeant l’imagerie black metal pour garder la flamme du rock de stade allumée ? Par rock de stade on parle bien de légende comme Queen, Kiss voire Muse (avant que ça parte en couillasse où après, on ne sait plus). Un rock qui a l’ambition de faire chanter des milliers de personnes, un rock qui déchaîne les passions.

Non, le rock de stade n’est pas synonyme de grosse mélasse dégueulasse. Du moins, ce n’est pas le cas de ce quatrième album de Ghost. L’album varie les styles sans jamais laisser de côté cette imagerie simili-sataniste qui a fait le succès du groupe. Préparez-vous à entendre de la chorale cryptique, du clavecin et des paroles à la gloire de Lucifer. Réussir à faire une musique efficace en parlant d’apocalypse, de peste et de messe noire, ce n’est quand même pas rien.

L’album à tubes.

Prequelle ne laisse pas de place à l’ennui. Tel un après-midi au parc Astérix, on enchaîne les attractions et on s’éclate comme des gamins. « Rats » et « Dance Macabre » se démarquent tout particulièrement pour leur solide alliage de pop à la Abba et de hard-rock des années 80. Une efficacité que le groupe a toujours su insuffler dans ses compositions. C’est cette fois-ci poussé à son paroxysme. Petit coup de cœur pour « See The Light » est sa double lecture : « Every day that you feed me with hate, I grow stronger ! ». Il ne faut pas faire chier Tobias Forge, enfin le cardinal Copia…

Pour ceux que les structures musicales trop simples ont tendance à agacer, Ghost sort ses tripes sur deux morceaux instrumentaux qui font office d’excellentes surprises. « Miasma » est une course effrénée qui se termine sur un solo de saxophone absolument génial. Tobias Forge rend également un cri d’amour au rock progressif de Genesis avec « Helvestesfonster ». Bref, le groupe est en pleine démonstration des ses capacités et nous laisse avec notre mâchoire décrochée.

Vous ne connaissez pas Ghost ? J’étais dans la même situation il n’y a pas si longtemps.

Prequelle est un album charnière dans la discographie de Ghost. Il marque une nouvelle aventure où la paternité de Tobias Forge n’est plus un secret. Ghost est devenue l’oeuvre d’un seul homme, n’en déplaise aux fans de la première heure. Espérons que le mec ne pète pas un boulon en plein vol.

Ce nouvel album est sans aucun doute l’effort le plus efficace du groupe. La production est absolument dantesque et les compositions regorgent de bonnes idées, de riffs imparables et d’une petite touche rétro plaisante. Ne pas écouter ce disque serait un péché impardonnable.

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