Duane Serah – Duane Serah + Interview

Cover

Il y a plusieurs mois, je vous parlais du groupe belge The Scrap Dealers. Entre shoegaze et garage, le groupe est très prometteur. Tellement prometteur que l’un de ses membres a fait cavalier seul le temps d’une cassette six titres. Le projet s’appel Duane Serah et le shoegaze n’est toujours pas très loin. Ça serait pourtant réducteur de réduire ce premier album aux péripéties de Slowdive et My Bloody Valentine car, au delà du bourdonnement de ses guitares, Duane Serah est entouré d’un halo de lumière psychédélique et synthétique.

Une « drone » d’ambiance

Duane Serah laisse respirer ses morceaux et n’hésite pas à étirer ses boucles au maximum. Cette forme inhérente au psychédélisme donne naissance à des morceaux aussi entêtants que « Suture » et « Who Still Bielieve ». Deux titres envoûtants qui ouvrent l’album avec brio et tendresse. Malgré les ronflements des synthétiseurs et les larsens des six cordes, la musique de Duane Serah est étonnement douce et cotonneuse. S’en dégage une intime et délicate pudeur, en témoigne le titre « Five Years Hole » qui est le point d’orgue de l’album.

Space liégeois

La cassette de Duane Serah vous attends pour un dîner aux chandelles
La cassette de Duane Serah vous attends pour un dîner aux chandelles

Duane Serah travaille énormément ses introductions, rappelant alors les fabuleux morceaux de transition de Boards Of Canada. Cette ambiance mélancolique prépare parfaitement aux déflagrations qui arrivent par la suite. Mélancolique mais pas désespéré, Duane Serah incorpore quelque notes d’espoir dans ses compositions. La preuve avec « Agony », un titre merveilleux et rassurant. On pourrait résumer ce premier album en un seul mot: sincérité. De la production faite maison aux morceaux dépassant les cinq minutes, l’ami belge ne se pose pas de questions futiles et livre des compositions singulières et personnelles.

Finalement, il est plus question de dream-pop que de shoegaze chez Duane Serah. Les voix fantomatiques errent entre les spectres des synthétiseurs et ceux des guitares chimériques. Dans la même veine que le ukrainien de Bad News From Cosmos, la musique de Duane Serah évoque des souvenirs révolus et des paysages décimés par le poids du temps qui passe.

La Note:

4

Interview 

– Je ne sais pas si c’était volontaire de ta part mais, j’ai parfois eu l’impression d’entendre du Moodoïd un peu plus cradingue et moins fantasmagorique. Cette renaissance du psychédélisme t’a t’elle motivée pour réaliser cet album ?

Moodoïd? Je ne connais pas. A première vue leur musique me fait penser à Catherine Ribeiro et Alpes. Sans doute parce que je n’écoute pas grand chose d’autre comme groupe psychédélique français (qui chantent en français surtout)… c’est audacieux et visiblement ça n’a pas l’air de déranger les gens, que du contraire.(comme quoi…)

Je ne me suis pas rendu compte d’un renouveau autours du mouvement « psychédélique » personnellement. Mais je ne suis pas très bien placé pour en parler. La majeure partie des groupes psychédéliques que je connais sont soit Anglais ou Américain et datent des années 60…

Personnellement, j’essaye juste d’évoluer dans un style qui me ressemble. J’aime beaucoup le rock psychédélique, c’est vrai, mais j’écoute un tas d’autres musiques. Ce qui comptait pour moi, c’était de faire partager les émotions profondes qui m’envahissent chaque jour au fil de l’album. C’est un disque très personnel qui reflète quelque chose de sombre et de profondément triste. Puisque c’est ce que j’éprouve très souvent.

– La production de ton album est DIY et transpire la passion et la sincérité. Tu te vois un jour enregistrer avec du gros matos ou alors tu souhaites rester sur ce mode de production ?

 

Tu as mi le doigt sur le terme: « Sincérité ». Et je suis content qu’elle se fasse ressentir. Cet album était plutôt une sorte de thérapie. Les moyens m’importaient peu, finalement.

J’avais réellement besoin d’exprimer ce que je ressentais, et je ne voulais pas attendre 10 ans avant de pouvoir le faire. Donc j’ai appris un peu tout en même temps et je peux dire que je suis parti de zéro. C’est à dire que j’ai appris à enregistrer en enregistrant le disque. J’étais déterminé. Mon album ne sonne pas comme un disque sorti d’un studio à 300€ la journée, mais je trouve que le son reflète assez bien la réalité. Il n’y a aucune tricherie, j’ai tout joué de A à Z et j’ai tout enregistré sans dépenser le moindre sous pour le faire.

Cela dit, le moyens contribuent parfois aux idées. Donc oui, je pense que ça me plairait d’enregistrer un disque avec plus de matériels à ma disposition (synthétiseurs, FX, etc.)

Mais je ne suis encore sur de rien. J’aime beaucoup ce mode de production DIY parce que il te permets de bien prendre le temps de développer une idée. Tu es le seul à prendre une décision et le seul à devoir l’assumer. Si je pouvais garder le contrôle de toute ces choses avec plus de moyens sous ma main, ce serait un plaisir d’enregistrer de cette façon j’en suis sur. Je ne suis pas anti-studio, je n’ai simplement pas les moyens d’y enregistrer…

– Certaines introductions de tes morceaux (Suture et Heal my soul) sont très planantes et rappelleraient presque les morceaux de transitions de Boards Of Canada. T’influences-tu également de ce genre de musique plus électronique et calme ?

 

On peut dire, en effet, que j’éprouve une certaine obsession pour les « drones » et les nappes de sons qui s’en influencent. C’est évidement lié à mes gouts musicaux.

J’aime écouter des groupes électros ou ambient tel que Boards Of Canada (et j’ai quelques amis qui en sont de fervents admirateurs), mais ce ne sont pas ces groupes qui m’influencent, loin de là. J’ai découvert les nappes sonores en écoutant du Krautrock (Can, Cluster, Neu!), les Spacemen 3 et My Bloody Valentine. Ensuite, je me suis intéressé de plus en plus à la musique minimaliste. La maxime « Minimal is Maximal » a alors pris tout son sens! J’ai découvert Philip Glass, Terry Riley, La Monte Young, Eliane Radigue, et surtout Charlemagne Palestine et Tony Conrad. Ces pionniers de la musique minimaliste m’ont profondément bouleversés et je suis réellement admiratif envers l’ensemble de leurs travaux.

Par contre, ça ne m’intéressait pas de devenir un copieur sans âme. Je voulais créer mon projet, faire un groupe, et je voulais y intégrer toutes mes influences. Allant de la musique minimaliste et expérimentale, en passant par le rock psychédélique et le rock indépendant qu’on qualifie de « Shoegaze ». Cet album est un point de départ, c’est une phrase sortie de son contexte. Qui sait ce que la suite du roman racontera?

Laisser un commentaire